Se former par le retour sur l'expérience

 

On le sait, une pratique a « un amont » et « un aval ». Il est impossible d'envisager sérieusement la moindre pratique professionnelle sans recherches et découvertes préalables. C'est sur ce constat que repose le principe même de la formation : On ne peut former de nouveaux professionnels que grâce à l'existence d'un ensemble constitué de savoirs, savoir-faire, savoir-être, ensemble qu'on peut transmettre et enseigner aux générations professionnelles futures.

Charge ensuite à chaque professionnel formé de s'approprier cet ensemble, et de l'enrichir par sa pratique grâce à ses propres découvertes et expériences. Cet enrichissement se fait notamment par un retour sur l'expérience, pour comprendre sa façon de faire en se décentrant, et enrichir sa pratique par la réflexion : l'analyse des pratiques.

En somme, l'analyse des pratiques peut être comparée à un dispositif de formation tout au long de la vie, permettant d'interroger constamment sa posture et sa façon de travailler en équipe.

 

 

 

 

Une nécessaire respiration

 

Les métiers relationnels, malgré leur composante technique, sont des métiers de décision. Ces décisions, parfois nombreuses, souvent dans l'urgence, engagent la situation présente et à venir des personnes sous la responsabilité du professionnel, leur conférant une portée existentielle voire vitale. L'éducateur, l'infirmière, le sapeur-pompier, le conseiller emploi se voient régulièrement sommés de décider vite et bien.

Afin de ne pas se laisser happer par une approche purement technique de son activité, il est important de régulièrement interrompre l'action et ménager des temps de respiration et d'analyse pour effectuer un retour réflexif sur sa pratique, sa portée, ses enjeux, dans une logique de développement professionnel continu.

En ma qualité de psychosociologue, deux thèmes de travail ont ma préférence :

 

 

 

Principes généraux

 

 

 

La plupart des dispositifs de ce type fonctionnent sur un même principe : travailler sur une de ses propres situations, ou sur la situation qu’un autre membre du groupe de travail expose, ce qui doit permettre de :

Un travail sur l'objet est nécessaire, pour comprendre à quoi sert ce que je fais, analyser la demande, ce que j'ai fait (ou pas)… C'est en soumettant cette situation au regard critique de d'autres professionnels, aux prises avec des interrogations similaires, qu'il devient possible de prendre suffisamment de recul et de considérer la situation autrement.

Cette décentration se fait particulièrement ressentir lorsqu'il faut en passer par l'écriture : il faut alors accepter de se départir de ce que l'on avait élaboré pour soi, et ce faisant, atteindre un plus haut niveau d'abstraction et de généralisation.

Les séances d'analyse des pratiques interviennent habituellement toutes les 4 à 8 semaines, et concernent soit une même équipe, soit des professionnels de différentes structures regroupés le temps de ce travail. Pour porter ses fruits, ce type de dispositif doit durer au moins un an, idéalement deux à cinq ans.